Retracer le territoire
L’œuvre de Heather Shillinglaw, Amiskwaci Sâkahikan [Beaver Hills Lake], a été créée en dialogue avec des scientifiques afin de retracer les contours anciens d’un lac situé sur le territoire ancestral de l’artiste, dont la superficie a été réduite en raison de l’extraction des sables bitumineux. À l’aide de fils et de rubans, Shillinglaw rend visible la disparition rapide des étendues d’eau de ce bassin versant, qui constituaient autrefois des territoires de nidification pour les oies et les canards. Les lignes retracent les chemins empruntés par ses aînés lorsqu’ils ramassaient des œufs de ces oiseaux. À l’aide de peaux de caribou, de coutures et de textiles récupérés, Shillinglaw a créé un territoire façonné par la science et le savoir ancestral.
Mylène Michaud place son regard bien au-dessus des paysages géographiques grâce à l’utilisation d’images satellites. Elle s’intéresse aux techniques artisanales, à leur mécanisation et à leur transposition dans l’univers technologique actuel. Explorant le transfert de données de la forme virtuelle à celle matérielle, Michaud combine le traitement d’images informatiques, le tricot jacquard et les techniques de courtepointe pour réaliser de grands tricots élaborés à partir d’images satellites du territoire captées sur le Web. Sa recherche met en jeu la relation entre le pixel et l’image, le fil et le tissu, l’unité et l’ensemble. Au travers d’elle se développe un langage dans lequel se côtoient tradition et modernité.
Martine Bertrand réalise des œuvres mêlant broderie et collage; ces pièces prennent la forme de vues aériennes, se transformant en cartographies de territoires imaginaires. S'inspirant des paysages urbains, de l'architecture, des ambiances et des rencontres, elle construit des territoires mentaux et sensoriels où la réalité se redessine à travers l'intuition et la mémoire. Le fil devient une ligne de pensée, un chemin intime, la trace d'une expérience vécue et rêvée.