Habiter / Cartographie de l’imaginaire
Comment l’art peut-il nous aider à faire face aux enjeux politiques de notre temps ?
Alors que la crise du logement bat son plein et que les changements climatiques remettent en question l’organisation de nos villes, le travail des artistes peut paraître secondaire, voire superflu. Les œuvres d’Antoine Gautier, alias TØ, rassemblées dans l’exposition Habiter / Cartographie de l’imaginaire, montrent au contraire comment l’imagination la plus fantasmatique peut être mise au service de l’action citoyenne.
L’exposition est particulièrement d’à propos tant sur le plan visuel que thématique. La série d’œuvres se présente effectivement comme autant de déclinaisons sur un même thème : la maison, la ville, et notre façon d’habiter le monde.
Cette réflexion a comme point de départ une image tout droit sortie de l’imaginaire enfantin : un arbre immense supportant non plus une cabane, mais une ville entière. Plus qu’une fantaisie, cette œuvre produite en 2012, dans le contexte d’une incroyable effervescence politique, symbolise l’idéal d’un habitat en accord avec l’environnement naturel : « L’arbre est né d’une réflexion autour de l’idéation d’un écovillage pensé pour cohabiter avec son territoire et son climat. L’image s’est construite comme un lieu rêvé, inspiré de ces cabanes suspendues où l’imaginaire a commencé à transformer la nature en refuge et en terrain d’exploration », nous dit Antoine Gautier.
Cette intuition marque le début d’une généreuse production d’images réalisées en peinture, dessin et sérigraphie d’art tantôt fantasmatiques, tantôt plus solidement ancrées dans la réalité politique. Des villes plus fantastiques les unes que les autres se succèdent : cité poisson, villes construites sur un bateau ou dans la nacelle d’une montgolfière, maisons cachées dans des objets de tous les jours : commodes, appareils photo, théières, boîtes d’allumettes. Une façon de laisser aller son imagination, mais aussi de porter un regard nouveau sur nos espaces quotidiens – de rêver nos habitats, d’habiter en rêvant.
Cet imaginaire est, dans un deuxième mouvement, tourné vers les questions sociales et l’action citoyenne. « Dans un désir d’habiter autrement les villes que je dessine, j’ai voulu inviter d’autres personnes à participer. Plutôt que de rêver seul, j’ai choisi d’ouvrir ce processus à mon entourage, pour que ces urbanismes prennent vie ». Plusieurs œuvres présentées dans cette exposition ont ainsi été produites dans le cadre de projets collaboratifs. Les participants étaient ainsi conviés à partager leur vision de la ville, et de demander à l’artiste de les réaliser visuellement. L’exercice est particulièrement réussi dans « Portrait Centre-Sud », une grande peinture réalisée en 2025 en collaboration avec la Corporation de développement communautaire du Centre-Sud.
Dans la continuité de cette démarche, l’exposition à l’Artothèque de Montréal (quartier Saint-Michel) proposera également un espace de participation, invitant les visiteurs à contribuer à une œuvre collective. Celle-ci donnera ensuite lieu à un “Portrait du quartier Saint-Michel”, réalisé par l’artiste à partir des récits et imaginaires recueillis.
C’est sans doute là, quand il se déploie en collaboration avec les actrices et acteurs du terrain, que l’imaginaire développé par Antoine Gautier permet véritablement de repenser le monde dans lequel nous habitons.
Exposition : Habiter / Cartographie de l’imaginaire Artiste : Antoine Gautier (alias TØ) Lieu : L’Artothèque – Centre d’art visuel (3333 bvd Crémazie) Dates : du 19 août au 21 octobre 2026
Avec le soutien de la Fondation Jacques Constans, Urban Art Foundation et du Conseil des arts du Canada.
Crédit : Izabeau Legendre