Les filles de l'air - Marie-Blanche Rossi
«Les filles de l’air» est un livre spatial et interactif qui offre une expérience de lecture unique mêlant texte, son, images et vidéos, générés par le mouvement. Projet introspectif, j’y raconte l’histoire de mon immigration, résultante apparente de la transmission indécelable des liens familiaux. Il fait place à une narration parcellaire, dont les frag ments sont partie prenante d’un plus grand tout, illustré par l’élément principal de l’exposition, le livre. La compré hension complète de l’histoire se fait par le déplacement dans l’espace, et se restitue au sein du livre physique grâce à la combinaison des différents médiums utilisés. À la base d’une exploration minutieuse entamée il y a plusieurs mois, se trouve le livre d’artiste du même nom et première itération du projet, dans lequel j’amasse des bribes de souvenirs se dégageant ça et là de ma mémoire. Il se nomme ainsi en rapport aux plantes dont les racines poussent à l’extérieur de la terre. Au fil des pages, j’y exprime une sensation tenace datant de l’enfance qui m’a toujours fait croire que restions, ma famille et moi, un peu en retrait du jeu qui se donnait en avant plan de la scène. Un peu ici, pas tout à fait là, nous vivions des expériences et nous nous construisions une place particulière dans le monde. Une place que j’apparenterai à celle d’une forme de nomadisme. Véritable quête identitaire, «Les filles de l’air» est une observation de mon parcours d’immigrante et de la perte de repères qui en découle, afin d’en faire émerger de nouvelles compréhensions possibles. Au travers de la narration frag mentaire, j’utilise le procédé de la réminiscence pour représenter le cheminement de la mémoire, souvent irrégulier et incomplet. Aujourd’hui capturés au sein de l’expérience, ces fragments d’histoire forment la preuve d’une reconsti tution partielle et imparfaite des souvenirs d’enfance et font appel à des sensations vécues et idéalisées. L’installation développée prend alors la forme d’un objet mental qui, par sa forme et les médiums qui le composent, illustre un état de rêveries entrecoupés de brefs moments de lucidité. Fixés sur le papier grâce au texte, les moments de clarté laissent place au flou et à la rêverie des images diffusées en vidéoprojection. J’espère ainsi offrir à l’auditoire la chance de développer son imaginaire face à l’œuvre ainsi qu’une réflexion sur sa propre existence.